Je voudrais vous toucher un mot du père Gérard Riffard, dont l’église sainte Claire est située au sein du quartier Montreynaud à Saint-Étienne. Depuis plus de 10 ans, ce dernier désormais à la retraite accompagne (au travers d’une association nommée Anticyclone, si j’ai bien compris) les demandeurs d’asiles dans leurs différentes démarches.

Depuis une demi-douzaine d’année, ce prêtre a pris la décision d’héberger certains demandeurs d’asile qui, ne disposant pas de logement, se trouvaient à la rue. Il les a d’abord hébergés chez lui, puis le nombre augmentant, il les a installés dans la salle paroissiale attenante à l’église. Ils sont actuellement 50 adultes et 14 enfants scolarisés, majoritairement originaires de la République Démocratique du Congo (RDC) à s’abriter dans cette pièce.

Petite précision, pour ceux qui l’aurait oublié, un demandeur d’asile est une personne en situation régulière. « Le Figaro », qui est le seul média à évoquer des sans-papiers, n’a donc, comme souvent, rien compris à l’affaire qu’il rapporte. Cette situation n’a rien à voir avec le délit d’aide à l’entrée et au séjour d’étrangers en situation irrégulière, délit pour lequel certains bénévoles étaient poursuivis (la loi a été modifiée en décembre 2012).

Las, le maire de Saint-Etienne a pris, en août 2012 ou février 2013, les articles de presse divergent sur ce point, un arrêté municipal interdisant tout hébergement dans les locaux de l’église Sainte-Claire pour des raisons de sécurité.

Le père Gérard Riffard ayant continué à héberger des sans-domiciles, 239 cas d’infractions ont été constatés. Le parquet de Saint-Etienne a donc décidé de le poursuivre devant le tribunal de police. L’audience a eu lieu le 11 juin dernier. Lors de celle-ci, le parquet avait requis 239 fois une amende 50 euros, soit 11.950 euros d’amende contre le père Riffard, qui avait le soutien de l’évêque de Saint-Etienne Mgr Dominique Lebrun et de nombreuses personnalités.

Le père Riffard a fait valoir que, s’il reconnaissait ne pas respecter les normes de sécurité, il palliait la défaillance de l’Etat, incapable de fournir un toit à des personnes qui devaient pourtant être prises en charge dans le cadre de la loi DALO (la préfecture de la Loire est fréquemment condamnée pour cela par le Tribunal administratif de Lyon) et qui étaient toujours mieux dans la salle paroissiale qu’à la rue.

Il a été entendu par Henry Helfre, Vice-Président du TGI de Saint-Etienne qui l’a relaxé. Pour ce faire, le magistrat a notamment retenu que les « motifs de nécessité invoqués, qui peuvent justifier [l’attitude du prévenu] par la sauvegarde d’un intérêt supérieur »

Oui, vous avez bien lu, c’est à la notion d’état de nécessité qu’il est fait référence.

Le magistrat poursuit en écrivant : « Il est paradoxal que l’Etat poursuive aujourd’hui le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même ».

Cela ne surprendra personne, le parquet a immédiatement décidé de faire appel. Affaire à suivre…