C'est un événement assez rare qui a lieu aujourd'hui au barreau de Bastia. Pour toute la journée de ce vendredi 10 octobre, le Bâtonnier de Bastia a frappé la barre d'interdit. Avant d'expliquer ce que cela signifie, voyons comment nous en sommes arrivés là.

La presse en a abondamment parlé, deux avocats ajacciens, l'un Bâtonnier en exercice et l'autre ancien Bâtonnier, ont été placés plusieurs jours en garde à vue et pour le premier d'entre eux, mis en examen. Les noms de ces deux confrères ayant été très rapidement diffusés par la presse, le Barreau d'Ajaccio se mettait en grève pour protester contre l'atteinte à leur honneur et à leur dignité. Par solidarité, le Barreau de Bastia décidait lui aussi de se mettre en grève des 8 au 10 octobre. Le Conseil de L'Ordre bastiais a donc dépêché des délégués afin d’obtenir des renvois. Toutes les juridictions ont accepté ces demandes, sauf la chambre civile de la Cour d'appel de Bastia, qui décidait, malgré l'absence à la barre des avocats, de mettre les dossiers en délibéré,  et ce alors que le Bâtonnier  était venu en personne faire valoir le droit de grève des avocats.

Le Conseil de l'Ordre, considérant qu'il s'agit d'une marque de mépris affiché à l'ensemble des avocats bastiais, a demandé au Bâtonnier de frapper la barre d'interdit, ce qu'il a fait pour la journée d'aujourd'hui.

Quand un bâtonnier frappe la barre d'interdit, il interdit à tous les avocats de son barreau de plaider, quelque soit l'audience (lors d'une grève, il est d'usage de plaider les dossiers urgents ou dans lesquels il y a un détenu). Ceux qui contreviendraient à cette interdiction s'exposeraient à une sanction disciplinaire. C'est une mesure très rare et d'une grande portée symbolique. Une recherche internet permet de constater que seuls les avocats ajacciens y ont eu recours par trois fois, en 1999, 2008 et 2010 (en tout cas pour la vingtaine d'années qui viennent de s'écouler).

Toutefois, cette mesure exceptionnelle, destinée à marquer les esprits, ne devrait durer qu'une journée. Les avocats bastiais se réuniront en assemblée générale mardi prochain, pour décider des suite à donner à ce refus de renvoi.