Pour mon retour après quelques semaines d'absence, je vous propose un billet "droit de suite". J'avais évoqué, en décembre 2010, la mésaventure d'un syndicaliste de l'Allier, qui, se croyant en démocratie, avait eu la prétention de manifester à l'occasion du passage du président de la République de l'époque dans les parages. Mal lui en à pris, puisqu'il a été décidé de le "confiner" en gendarmerie le temps de la visite présidentielle. Il a porté plainte et hier, le tribunal a rendu sa décision, condamnant un capitaine et un colonel de gendarmerie à 4 mois de prison avec sursis et à 1.000 € d'amende.

Si depuis quelques heures, les journaux évoquent ces condamnations, ils oublient de rappeler un élément à mon sens primordial de ce dossier. Les 2 condamnés n'étaient pas physiquement sur les lieux. Ce sont 5 subordonnés qui ont été impliqués à divers degrés dans cette triste opération. Ils ont néanmoins tous les 5 fait l'objet d'un non-lieu, car les enregistrements des échanges téléphoniques avaient démontré leur réticence à suivre les ordres qui leur étaient donnés, preuve que chacun avait conscience d'être dans l'illégalité. Florilège cité par Le Parisien (15/05/14) : « Commencez pas à me parler de cadre (NDLR : juridique), on le garde (Le Marrec), on s'explique après. [...] Vous n'avez qu'à faire à la mexicaine (NDLR : en dehors du droit)... » [petite pensée émue pour ce membre des service de l'ordre surnommé "le mexicain", qui apparaissait si souvent dans certaines procédures "mémorables"].

S'agissant de ces 5 subordonnés, j'ai des sentiments mitigés. S'interroger sur le cadre légal, c'est bien, refuser d'obéir à un ordre illégal, c'est mieux. L'auraient-ils fait, peut-être que leur carrière en auraient pâti,  mais leur honneur aurait été lui complétement sauf. Force est hélas de reconnaitre qu'à l’inverse, malgré leur condamnation, les deux hauts gradés n'auront guère à subir les suites de cette affaire. Je ne lis nulle part (mais peut-être est-ce car l'information n'a pas été diffusée) qu'ils aient fait l'objet de procédure disciplinaire. A moins qu'il ait été décidé d'attendre qu'une éventuelle condamnation pénale soit devenue définitive, ce qui n'est pas le cas, les 2 militaires ayant décidé de faire appel, le colonel faisant notamment valoir que si le syndicaliste était resté, c'était de son propre gré, la brigade était «un lieu de convivialité».

Un axe de défense qui n'est pas sans rappeler les explications du grand absent de cette procédure, de celui qu'on aurait pu considérer comme le donneur d'ordre, à savoir le préfet de l'époque, Pierre Monzani qui avait déclaré lorsque l'affaire a éclaté : "Le café que lui ont servi les gendarmes devait être bon pour qu'il s'attarde autant à la gendarmerie."