Un avocat peut-il tweeter, ou plus généralement tenir un blog, sous son nom et en faisant état de sa profession ? Cette question, je me la pose régulièrement et particulièrement depuis quelques mois, suite à la mésaventure d’un confrère mâconnais.

 

Ce dernier tenait depuis quelques mois un compte sur Twitter. Ce compte avait été ouvert sous son nom et sa qualité d’avocat apparaissait clairement (notamment parce que son avatar était une photo de lui en robe). Le contenu de ses tweets ? A mon sens de qualité variable. Le plus souvent, il s’agit d’humour potache. Toutefois, il y a quelques semaines, suite à une observation de son Bâtonnier, il a dû rendre supprimer toute référence à son identité, car il lui était reproché d’avoir un comportement ne correspondant pas au critère de dignité de la profession.

 

La twittosphère juridique n’a pas manqué de faire rapidement part de son soutien envers ce confrère et de tourner en dérision la position du Bâtonnier et de son Conseil. Selon l’avocatwitto, le Conseil de l’Ordre se serait penché sur son cas suite à une dénonciation (le mot est peut-être un peu fort) de quelques confrères.

 

Toutefois, cette retraite vers un (relatif) pseudonymat ayant été jugée insuffisante par les instances dirigeantes maconnaises, il a été contraint d’ouvrir un nouveau compte (qu’il n’a toutefois pas manqué de signaler à ses followers).

 

Reste donc la question : avocat et internet, pseudonymat ou pas ?

 

Pour bien en comprendre les tenants et les aboutissants, il faut remonter un peu dans le temps et évoquer la déontologie qui gouverne la profession d’avocat. Il y a encore quelques années, les règles en matière de publicité étaient très restrictives. C’est ce qui a poussé mon confrère Eolas à blogger sous un pseudonyme, craignant qu’on ne lui reproche d’enfreindre des règles déontologiques. Il s’est également imposé comme principe de ne pas évoquer ses dossiers sur le blog. Grâce à son talent d’écriture et de pédagogie, il a su rendre intelligible aux non-juristes de nombreux débats juridiques qui ont fait la une de l’actualité et ainsi s’attirer un large lectorat.

 

Toutefois, les règles de la publicité de la profession ont évolué. Plus fort, c’est notre CNB bien-aimé qui, après moult pré-rapports, a lancé une plate-forme de blogs destinée aux confrères, où certains, qui ont fait leurs premières armes sur ces pages, ont désormais pris (avec grand talent) leur envol.

 

Il semblerait toutefois que, bien que promue par le CNB, la pratique ait eu parfois du mal à se répandre au sein de certains barreaux.

 

Pour ma part, j’ai longtemps hésité avant de décider si je bloguerais sous mon identité ou derrière un masque.


Derrière mon masque, je blogue sur s'que j'veux, s'que j'veux 

Chaque option avait ses avantages (et ses défauts), qu’il convenait de bien soupeser avant de se lancer dans l’aventure. Parmi ceux-ci, la liberté de ton que permet le pseudonymat (à condition bien sûr que l’on reste dans les limites de ce qui est autorisé par la loi) était évidemment un argument de poids. Il n’a pas suffit pourtant à faire pencher la balance.

 

Pour autant, l’expérience m’a démontré qu’écrire sous mes nom et qualité ne m’a en rien empêché de rédiger des billets acides ou moqueurs. Lors de la publication du premier article qui me semblait éventuellement poser problème, j’ai fait une démarche auprès de mon ordre. Je ne suis pas prêt d’oublier la réponse qui m’a été faite et que je cite mot pour mot : « un blog, c’est fait pour être un peu polémique ». Certes, la liberté est moins grande, mais elle est là. Toutefois, publiant sous mon nom, je me suis bien évidemment astreint à ne pas évoquer mes dossiers sur le blog.

 

Mon confrère Maitre Mo est venu dynamiter, lui aussi avec talent, ce principe éolien, en racontant de façon poignante certains dossiers qu’il avait eu à traiter. Bien plus, assez vite, il a donné à ses lecteurs des indices quand à son identité, qui a été révélé lors d’un portrait dans le journal « Le Monde ». Cette révélation n’a eu aucune conséquence. Il est vrai qu’il avait toujours pris la précaution, tout en gardant le caractère réaliste des dossiers qu’il évoquait, de modifier les éléments clés du dossier qui auraient permis d’identifier les protagonistes.

 

Les dangers qu’il y a à écrire sur le net en indiquant sa profession mais pas qui on est nous ont été démontrés non par l’avocature, mais par la magistrature. Je pense évidemment au blog d’un parquetier, mais également aux comptes Twitter tenus par des magistrats du Sud-Ouest, tous trois fermés à la demande de leur hiérarchie. Dans les 2 cas, il y avait eu des dérapages quant aux écrits relatifs à d’autres magistrats.

 

Si on ne devait retenir qu’une chose que ce récapitulatif tracé à grands traits, c’est qu’aucun pseudonymat n’est infaillible. Il faut manier la plume avec prudence, comme si on allait être démasqué le lendemain.