Trop nombreux sont encore les pays où la défense des droits de l’Homme est un exercice périlleux. Périlleux pour les populations ou les catégories de populations qui réclament le respect de leurs droits fondamentaux, mais également pour ceux qui, avocats, mettent leur talent et leurs compétences au service d’une cause. Ce faisant, ces derniers s’exposent à des mesures de rétorsion de la part des autorités ou des organisations contestées. Quand la lutte a lieu contre l’appareil étatique, la réponse est judiciaire : les adversaires sont des terroristes, ceux qui les défendent aussi.

La Turquie en est aujourd’hui, au travers de la question kurde notamment, l’un des tristes exemples. Oui, cette même Turquie qui soutient si ardemment les rebelles syriens[1], qui souhaite si intensément intégrer l’Union européenne, emprisonne environ 40 avocats, détenus pour avoir commis comme seul délit : celui d’exercer leur profession.

 

D’où l’impérieuse nécessité de « défendre la défense ».

 

C’est ce qu’est venu rappeler Hasip KAPLAN député au parlement turc, ancien avocat, au cours d’une réunion qui a eu lieu vendredi dernier dans les locaux de l’Ordre, sous l’égide du Comité de Recherche et d'Intervention en Humanité (CRIH), qui est une commission du barreau. On doit à la vérité d’écrire que peu nombreux étaient les avocats présents. Sans doute ceux qui l’étaient compensaient-ils par leur forte implication, mais c’est néanmoins triste, même si je suis conscient que nous sommes tous débordés de travail.

 

Toujours est-il que le tableau dressé par Hasip KAPLAN[2] parait pour le moins sombre. Ayons à l’esprit qu’en Turquie, des faits qui nous semblent anodins sont assimilés à des actes de terrorismes. Ceux qui connaissent un peu le droit européen le savent : tenir une banderole, même quand on est mineur, peut être un acte terroriste.


 

En décembre dernier, la police turque a arrêté une cinquantaine de confrères, dont 36 sont encore détenus à ce jour[3]). Ils ne courent en tout cas pas le risque d’être jugés de manière expéditive : le procès n’est tenu que quelques jours par mois, avant d’être renvoyé à quelques semaines.

 

Si j’ai bien saisi, une partie des « charges » qui pèsent contre eux sont issue d’enregistrement des conversations qu’ils ont eu avec leurs clients. Les parloirs qui leur sont accordés sont écoutés et enregistrés.

 

Il faut s’en féliciter, des initiatives ont été prises en France pour leur apporter un soutien. Dans ce combat, outre le barreau de Rennes qui est en pointe, on retrouve notamment le barreau de Paris et celui de Montpellier. Ce soutien prend plusieurs formes :

- Des délégations d’avocats assistent aux audiences, à titre d’observateurs[4]. L’opération est rendue difficile du fait du caractère très bref et aléatoire de la tenue des audiences. Ce n’est pas de tout repos puisqu’un avocat italien a été arrêté à l’aéroport d’Istanbul et expulsé dans les heures qui ont suivies.

- Les adresses des confrères détenus sont communiquées à ceux qui souhaitent leur adresser un message de solidarité.

 

Pour ma part, ayant les pieds plats [insérer ici une excuse qui vous paraitra valable], je m’en tiendrai à la seconde action. Mais je vais tenter de vous tenir régulièrement informés de l’avancée de ce procès et du sort réservé à ces confrères.

 



[1] Je me demande d’ailleurs dans quelle mesure la question kurde, peuple qui est également présent en Syrie, n’explique pas en partie au moins l’attitude de la Turquie. Mais sans doute ai-je l’esprit mal tourné.

[2] Et par un confrère montpelliérain, Sophie MAZAS.

[3] Ce qui constitue, si mes sources sont exactes, un « record mondial ».

[4] Le regard extérieur, surtout de personnes de citoyenneté européenne pour la raison que j’indiquais plus haut, est d’une grande importance dans ce type de procès.