Par Thomas TURLIN, stagiaire et rédacteur invité

 


  

Désormais disparue du code pénal, la relégation fut une peine infligée de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle.

 

Introduite par la tristement célèbre loi Waldeck Rousseau du 27 mai 1885, la peine de relégation consistait en l’éloignement du territoire national des récidivistes. Il s’agissait là d’une peine accessoire qui s’exécutait normalement à l’issue de la peine principale, mais pouvait également de façon exceptionnelle s’exécuter en même temps que celle ci. 

 

L’esprit de la loi Waldeck Rousseau était que, certains de nos congénères étant décidément irrécupérables, il convenait, afin de protéger les bonnes gens, de les mettre en dehors de la société.

 

Détail amusant, cette loi faisait succéder la relégation à une autre peine qui consistait en l’interdiction par voie administrative, du séjour du département de la Seine et des communes formant l’agglomération lyonnaise. Il est bien connu qu’à l’époque, Paris et Lyon constituaient des îlots de civilisation dans la mer de barbarie qu’est la province (on notera que par un incroyable miracle, l’ancienne Lugdunnum provinciale était mise au même niveau que la capitale).

 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette loi, parmi lesquels (déjà !) la hausse de la récidive. Cette dernière étant interprétée par le législateur de l’époque comme la preuve de l’échec de la prison dans son œuvre de réhabilitation. Cette hausse de la récidive pouvait tout aussi probablement s’expliquer par la hausse des moyens policiers, qui conséquence logique, faisaient monter les chiffres de la récidive sans que la réalité n’ait beaucoup évoluée.

 

Des motivations électoralistes semblent également ne pas avoir été étrangères à l’esprit des républicains à l’origine du projet de loi. Celle ci fut votée peu avant les échéances électorales de 1885. Certains auteurs ne manquent d’ailleurs pas de pointer que les lieux de destination de ces relégués furent laissés à l’initiative d’un décret gouvernemental.

 

Les relégués étaient envoyés vers la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie selon la gravité de leurs actes ; sans que les gens de la métropole n'ait pris la peine à l'époque de demander leur avis aux responsables locaux.

 

Pour quelques rares privilégiés, cet exil forcé s'accompagnait de l'octroi d'une terre agricole avec obligation de la mettre en valeur. Pour la plupart, le voyage se terminait dans des camps, notamment de Saint Jean du Maroni en Guyane ou dans ses annexes.

 

En 1938 un dernier convoi de relégués sera envoyé en Guyane, avant que cette mesure ne soit définitivement abrogée en 1970. Ce dispositif fut cependant du départ relativement peu appliqué en comparaison de l’ambition de ses rédacteurs, du fait de la réticence des magistrats (déjà taxés de vilains laxistes par le pouvoir en place à l’époque) qui, freinant des 4 fers, lui préférèrent d'autres dispositions moins répressives.

 

Aujourd’hui, la relégation, si elle est toujours aussi infamante, ne frappe plus que les équipes des différents championnats sportifs qui font l’affront à leur supporteurs d’enchaîner les défaites. Les amateurs de ballon ovale d’un certain club rhodanien en savent d'ailleurs quelque chose.