C’est aujourd’hui que les habitants de Saint-Julien-Sur-Suran (Jura) sont appelés à voter[1] pour ou contre le projet de construction sur leur commune[2] d’une prison modèle, inspirée par l’ex-homme d’affaire et ex-détenu Pierre Botton.

Selon ce dernier, si la réponse était favorable, la pose de la première pierre de l’établissement pourrait avoir lieu en avril prochain. L’établissement en question, a été imaginé pour recevoir 120 détenus et donc garder une taille humaine, à l’inverse des mastodontes actuellement mis en service par l’administration pénitentiaire. Les détenus devraient correspondre au profil suivant :

- 35 ans au plus ;

- condamnés pour la première fois ;

- purgeant une peine de cinq ans maximum ;

- n’ayant été condamnés ni pour crimes sexuels ni pour crimes de sang.

Toutefois, l’admission définitive des détenus ne se fait qu’après une période probatoire d’un à deux mois.

Le coût de construction de cet établissement pilote est de 10 millions d'euros financés par l’Epide (Etablissement public d'Insertion-Défense), lequel est chargé de l’insertion de jeunes en difficulté).

L’objectif affiché est d’occuper au maximum tous les détenus sans exception et ce de 6 heures 30 à 22 heures 30, au risque de conforter l’image d’Epinal de fainéants qui est actuellement celle des détenus. Pour remplir leurs journées, il leur serait donné la possibilité de suivre une formation ou d’exercer un travail intellectuellement valorisant[3]. Par ailleurs, le salaire touché serait aligné sur le droit commun des travailleurs, révolution majeure si l’en ait comparé aux sommes dérisoires versées. Certes l’idée d’établir des contrats de travail pour les prisonniers a fait long feu, car il aurait fallu pour cela changer la loi, mais c’est déjà une belle avancée.

En contrepartie de ce salaire, il leur serait facturé un loyer de 100 euros, les repas, l'électricité, le chauffage, la blanchisserie, les activités, bref le gîte et le couvert.

Le salaire servirait aussi comme c’est déjà le cas à indemniser la ou les victimes. La vie collective serait privilégiée, notamment pour les repas et la séance télé du soir.

La prison serait à la fois une petite société autonome, puisque comportant un centre commercial une antenne de Pôle emploi, une boulangerie, un espace culturel, un centre médical une médiathèque, un coiffeur, ce qui serait un retour aux préceptes  du 19ème siècle, mais également et paradoxalement un lieu ouvert sur le monde. Le centre commercial serait ainsi ouvert au public, une salle de spectacle de 200 places serait attenante à l’établissement pénitentiaire, et surtout, il existerait une seconde sortie, à proximité de laquelle se trouveraient les Unités de Vie Familiale, où les détenus reçoivent pour quelques heures ou quelques jours les membres de leur famille.


Plan de la prison modèle imaginée par Pierre Botton

Signes du caractère original de cet établissement, il n’y aura ni quartier disciplinaire, ni miradors, ni barbelés, à l’exception de la double paroi grillagée qui entourera le centre. Dans l’enceinte de l’établissement, les détenus disposeront d'une grande liberté de mouvement. Ils auront la clé de leurs cellules, lesquelles individuelles et de plain-pied seront dépourvues de barreaux. De telles conditions de détention, qui se veulent simplement humaines, ne vont pas manquer d’alimenter le fantasme des prisons quatre étoiles, quasi lieu de villégiature, dans le droit fil des commentaires naïfs que peut susciter la prison de Casabianda.

A cela s’ajoute un nombre relativement faible de surveillants, qui ne seront que 28. Cela a entrainé il y a quelques jours un mouvement de protestation de la part d’un syndicat de surveillant, dont des membres sont venus apporter leur soutien à une association d’habitants rejetant le projet. Il est vrai que ces derniers ont un argument de poids : c’est une très bonne idée mais il faut absolument la réaliser ailleurs que sur notre commune.  

Toujours est-il qu’on suit avec d’autant plus d’attention ce projet que si le premier établissement venait à se concrétiser, la construction du second centre pourrait avoir lieu dans la région lyonnaise.



[1] Vote qui n’est que consultatif.

[2] L’idée d’ouvrir le premier centre dans la région parisienne, initialement envisagée, a été en définitive écartée.

[3] Tel le montage vidéo, la télévente de surgelés, l’informatique, la chocolaterie d’art, l’horlogerie. On est loin des tâches répétitives aujourd’hui assignées aux détenus qui travaillent en prison.