Après avoir évoqué la biographie d’un magistrat, je ne pouvais faire moins que d’évoquer la biographie récemment parue d’un avocat. Et quel avocat. Vincent de Moro Giafferi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a marqué le monde judiciaire de la première moitié du XXème siècle.

Le livre de Dominique Lanzalavi, disons le tout net, n’est pas un livre porté sur le droit. On n’y apprendra rien sur le fonctionnement de la justice pénale.  Il est vrai que de Moro Giafferi, comme les avocats de cette époque sont, comme le rappelle Robert Badinter dans la préface, plus des hommes de lettres que des hommes de codes (Rôle réservé aux avoués). Cela donne d’ailleurs lieu à cette anecdote savoureuse évoquée par Dominique Lanzalavi : plaidant devant une juridiction civile où l’ont se doit de citer les textes fondant son argumentation, de Moro Giafferi se dispense de toute référence. Il est alors interrompu par le magistrat qui l’interroge : « Mon cher Maître, sur quels articles du code vous appuyez-vous ? ». Posant sa main droite sur le Code civil, de Moro Giafferi  répond : « Mais sur tous, Monsieur le Président ».


de Moro Giafferi


Richement illustré (L’auteur ayant eu accès aux archives familiales.), cet ouvrage retrace les principaux dossiers (Notamment les dossiers de ceux qu’on ne nommaient pas encore à l’époque des « sans-papiers ».) et combats de Moro Giafferi  (L’auteur préférant l’orthographe avec 2 « r » : de Moro Giafferri.), dont la vie a été toute entière consacrée à la défense (A tel point que lors de la guerre de 1914-18, il fut un temps versé comme défenseur devant les tribunaux militaires. Seule exception à cette règle d’airain : il fut en 1956 président de la Haute cour de justice qui jugea le général  Noguès).  Il fait revivre avec talent cet amateur de bons mots et de bonne chair, orateur génial viscéralement attaché à la liberté de l’avocat. Malgré sa réussite, de Moro Giafferi  a toujours accepté de défendre les plus humbles  et  a su se montrer attentif et protecteur envers ses confrères les plus jeunes.

Un tel homme ne pouvait rester éloigné de la politique. Député de la Corse puis de la Seine, il a été secrétaire d’état à l’enseignement technique, sans parvenir toutefois au maroquin tant convoité, celui de Garde des sceaux.  Cela ne fut pas faute d’avoir fait preuve d’une grande activité législative, marquée notamment par des propositions de loi afin que le juge d’instruction soit indépendant du procureur général, pour  réglementer les visites domiciliaires, perquisitions et saisie de pièces à convictions chez les avocats et chez les médecins. A cela s’ajoute bien sûr son combat de tous les instants contre la peine de mort.

Voici un ouvrage dont, on l’aura compris, on ne peut que recommander la lecture.