La saison étant propice à la lecture, je voudrais signaler un livre récemment paru, rédigé par Mohamed SADOUN qui retrace la vie de Paul Magnaud, également connu, mes lecteurs le savent bien, sous le surnom de « Bon Juge ».

Malgré de bons débuts dans la vie, puisqu’il commence par prêter serment pour être avocat, il décide rapidement de s’orienter vers la magistrature[1]. De 1887 et 1906, il est président du Tribunal civil de Château-Thierry. C’est à ce poste qu’il s’est rendu célèbre.


Paul Maganaud, le Bon Juge


L’ouvrage de Mohamed SADOUN, trop court hélas pour décrire l’activité foisonnante du Bon Juge, met notamment en reliefs 2 de ses préoccupations :

La première peut être désignée sous l’expression un brin anachronique de « droit des femmes ». L’exercice professionnel du juge Magnaud est marqué par la rencontre de 3 femmes :

Louise Ménard, la mère-fille voleuse de pain, qu’il a relaxée, provoquant leur renommée commune ;

Eulalie Michaud, la mère-fille délaissée qui, par vengeance, a jeté une pierre au visage de son ancien fiancé ;

Jeanne Chauvin, la première femme à exercer en France le métier d’avocat.

 

Le second centre d’intérêt peut être désigné sous l’expression « question sociale ».

Au travers de différents jugements, le Juge Magnaud démontre son hostilité à la pénalisation des pauvres, mais aussi sa vigilance envers la condition ouvrière. Se dessine alors un portrait nuancé de Paul Magnaud, défenseur du droit de grève, mais partisan du dialogue social. Alors que la loi est encore défaillante sur le sujet, il construit de façon prétorienne une protection de l’ouvrier victime d’accident du travail, en posant une présomption de responsabilité de son employeur.

 

Sollicité à de nombreuses reprises pour être candidat à la députation, il finit par céder au chant des sirènes. Député radical socialiste de 1906 à 1910, son mandat laisse un sentiment d’inachevé.

Il a participé au débat sur la peine de mort, mais la présence d’orateurs extrêmement brillants a éclipsé son intervention à la tribune. Bien pire, le débat a tourné court du fait de l’affaire Soleilland. Et oui, à l’époque déjà, le législateur est à la remorque du moindre fait divers.

Admirateur de Bentham, Paul Magnaud a défendu l’idée de l’instauration du juge unique, arguant de l’importance du nom du juge et dénonçant la fiction de la collégialité. Il s’est fait le chantre de l’élection des magistrats et a tenté en vain de faire voter un texte préconisant la clémence envers les délinquants occasionnels par nécessité, dans le droit fil de sa jurisprudence « Ménard ». Mais, trop naïf et novice en politique, il n’est pas réélu et finit sa carrière à la Cour de cassation.

Celui-ci n’ayant pas laissé de testament intellectuel, il reste peu aujourd’hui de l’œuvre de Paul Magnaud.

Et ce d’autant plus qu’il n’y a plus de juridiction dans la cité castelthéodoricienne[2], pas même un Tribunal d’Instance comme mentionné par erreur dans la préface de l’ouvrage[3]. 

La nouvelle carte judiciaire, qui permet un meilleur fonctionnement de la Justice, a transféré au Tribunal de Soissons les compétences judiciaires jusqu’alors exercées par le Tribunal de Château-Thierry. Pour ne pas laisser les castelthéodoriciens[4] éloignés de tout accès au droit, il sera bientôt créé, dans les locaux laissés vide du Tribunal, une Maison de la Justice et du Droit (MJD)[5].

Le souvenir de Paul Magnaud s’effaçant, le livre de Mohamed SADOUN vient à point nommé raviver sa mémoire. Puisse-t-il, malgré sa brièveté, susciter la curiosité de quelques-uns.



[1] Il a conservé toutefois des séquelles de sa première vie professionnelle. A plusieurs reprises, il a quitté quelques instants son rôle de juge, pour prendre celui d’avocat. Il s’est notamment auto-désigné défenseur d’office d’un prévenu comparaissant devant lui, pour lequel il a plaidé avant de retourner présider la juridiction. De même, il conseille à Eulalie Michaud, fille mère délaissée poursuivie devant lui pour violences, de réclamer des dommages intérêts pour rupture des promesses de mariage. Je ne suis pas sûr que cette capacité à cumuler les rôles dans un même dossier soit à mettre à son crédit.

[2] Voici un mot que je tenais absolument, en rédigeant ce billet, à employer. C’est fait.

[3] Pourtant rédigée par l’immense Henri Leclerc, à qui on pardonne d’autant plus volontiers.

[4] Et de 2 ! Oui, j’ai des joies simples.

[5] On m’avait contacté pour publier un article en faveur de l’implantation d’une MJD. Alors que j’avais fait part de mon enthousiasme délirant, il n’y a hélas pas eu de suite à cette proposition.