Je suis contraint d'avouer mon admiration. La capacité du Président de la République, de son gouvernement et de sa majorité à dire tout et son contraire à quelques mois d'intervalle me laisse admiratif. Lire cela sous la plume d'un avocat, qui par profession, est amené à avoir des positions différentes selon les dossiers, est, vous pouvez me croire, un compliment sincère.

La raison de mon extase ?

Il y a quelques semaines, le ministère de la Justice annonçait envisager la suppression des jurés pour les Cours d'assises en première instance.

Plusieurs raisons étaient invoquées : un coût moindre, des délais de jugement raccourcis et la volonté, en ayant uniquement recours à des magistrats professionnels, de "réduire les inégalités entre les départements et certains justiciables". Il est vrai que les peines prononcées devant les Cours d'assises sont très variables selon les ressorts.

Toutefois, cette annonce ayant provoqué un tollé, la Garde des Sceaux l'a démentie, tout en avouant y réfléchir sérieusement. Drôle de démenti...

Or, on apprend aujourd'hui, que selon des parlementaires UMP, Nicolas Sarkozy réfléchirait à l'opportunité d'installer des jurés populaires auprès des magistrats professionnels des tribunaux correctionnels.

Le but de cette énième et très hypothétique réforme de la procédure pénale ? "Rapprocher le peuple de la justice", nous explique-t-on.


Exeunt l'engorgement des juridictions, les difficultés budgétaires et les différences de sensibilité des jurés selon leur circonscriptions. Le message est clair, il s'agit de reprendre en mains les juges professionnels, supposés laxistes.

En réalité, on sait au contraire, si on s'intéresse un tant soit peu à la procédure pénale, que les magistrats sont plus sévères que les jurés populaires. Bref, comme toujours, beaucoup de bruit pour rien, si ce n'est de coller démagogiquement à l'actualité.