Je ne connaissais pas Yann L. le supporter du PSG partisan de la tribune Boulogne, décédé dans la nuit du 17 au 18 mars. Je ne connais rien des conditions de l’agression dont il a fait l’objet, le 28 février dernier, par d’autres supporters de son club, sympathisants de la tribune Auteuil, en marge d’un match PSG OM (on lira cependant des articles instructifs à ce sujet).  

  

Cette méconnaissance de l’affaire est sans doute partagée par un député UMP qui sur les ondes radio a néanmoins proposé le plus sérieusement du monde la chose suivante :

 

« Je pense qu'il faudrait exclure le PSG de la Coupe de France. On règlerait de facto le problème à la fois pour les prochains adversaires du PSG et puis on marquerait le coup extrêmement fort vis-à-vis de ce club et vis-à-vis des supporters. »

 

Une telle idée laisse le juriste sportif pour le moins perplexe.

 

Les clubs de football répondent devant des instances disciplinaires du comportement de leurs supporters. C’est ainsi que l’équipe du PSG a été exclue (un temps) de la Coupe de la Ligue suite à une banderole exposée lors d’un PSG Lens en Coupe de la Ligue, évoquant les gens du Nord selon une tradition (pseudo)humoristique qui n’avait jamais fait débat jusqu’alors.

  

Mais la précision est de taille, il s’agit des débordements dans l’enceinte du stade ou sur les équipements annexes de celles-ci. On considère que dans ces endroits, le club a une emprise morale sur ses supporteurs et qu’il doit les contrôler. Or en l’occurrence, les incidents du 28 février ont eu lieu dans la rue. La responsabilité du PSG ne peut donc être engagée.

Au demeurant, la sanction proposée est farfelue dirons-nous pour rester poli. Les incidents ont eu lieu en marge du championnat de L1. On comprend difficilement pourquoi la sanction serait le retrait d’une autre compétition…

 

Le parlementaire en question serait excusable s’il ignorait tout des règles du sport. Hélas, non seulement il s’agit d’un ancien sportif de haut niveau, mais il se murmure de plus en plus qu’il sera au bénéfice du remaniement qui suivra les élections régionales, nommé secrétaire d’Etat au sport.

 

Il est vrai qu’en la matière, l’honorable judoka parlementaire n’est pas aidé par le gouvernement. Le Préfet de l’Yonne (sur les conseils avisés du ministre de l’Intérieur) vient ainsi de décider que le match de Coupe de France Auxerre-PSG se déroulerait à huis clos. L’argument de la place Beauvau est le suivant : ainsi le PSG effectuera ses trois prochains matches à huis clos, ce qui permettra un (relatif) apaisement des esprits. Il est parfaitement exact que les matches PSG-Boulogne et Nice-PSG seront joués à huis clos.

 

Le premier match à huis clos est la sanction des incidents (intervenus dans le stade) lors de la rencontre PSG-OM du… 15 mars 2009. Oui, vous avez bien lu.

 

S’agissant du second match, s’il est vrai que la Commission des Compétitions a choisi ce match en concertation avec le Ministère de l'Intérieur, compte tenu de l’agitation possible des supporteurs du PSG, il n’en reste pas moins que le club sanctionné est l'OGC Nice. Cette sanction fait suite aux incidents provoqués par les supporteurs niçois lors de la rencontre Monaco-Nice du 30 janvier 2010.

 

Or, pour en revenir au match Auxerre-PSG, le club sanctionné, qui ne fera pas de recette ni ne bénéficiera pas du soutien de ses supporteurs, se sera Auxerre. La proximité relative entre les deux villes (150 Km) n’explique en rien un tel choix.

 

Quelque chose me dit qu’hélas, le hooliganisme en France s’il est « traité » ainsi, a encore de nombreux jours devant lui.