Dans le paysage journalistique ultra-conformiste du football français, deux pépites d'impertinence et de regard décalé, « So Foot » et « Les Cahiers du Football ». La seconde de ces revues s'est repliée ces derniers mois sur le net, du fait de difficultés financières. Bien que les responsables de ce journal minimisent l'incidence sur leur décision de mettre fin à la version papier, l'affaire Balbir a sans doute lourdement pesé sur cette décision. En octobre 2007, dans le cadre d'une rubrique clairement satirique, Denis Balbir est qualifié de « Rocco Siffredi des cordes vocales » et « de grand singe hurleur ». Pour l'avoir entendu par mégarde il y a quelques jours sur les ondes, je dois avouer que je ne vois là aucune caricature, mais plutôt une description clinique.

Toujours est-il que Denis Balbir a déposé plainte pour injure publique, démontrant son attachement de journaliste à la liberté d'expression. Le Tribunal correctionnel de Metz ayant relaxé « Les Cahiers du Football », Balbir a fait appel. Bien lui en a pris car la Cour d'appel de Metz a considéré que les termes choisis n'étaient « pas absolument nécessaires pour constituer un article satirique à l'égard d'un particulier ou d'un journaliste ». Une telle motivation me laisse sceptique. Il existe donc à en croire la Cour d'appel une satire absolument nécessaire et une satire pas absolument nécessaire. On en reste songeur. « Les Cahiers du Football » ont décidé, pour des raisons financières, de ne pas se pourvoir en cassation. C'est regrettable.

Toutefois, l'aventure continue avec talent sur la toile. Ainsi un article récent, illustré de photos de cellules parlantes, décrit excellemment bien le rôle et les conditions de pratique du football en prison. Le lire est « absolument nécessaire ».