Dans mon entourage, une femme est victime de violence morale conjugale. Devant cette réalité, qu’elle-même peine à admettre, je dois avouer que je me sens, bien souvent, impuissante. Tout est question de preuve. Et ici plus qu’ailleurs, la preuve me semble difficile à apporter.

 

En effet, comment apporter la preuve invisible ? Comment prouver ce que les victimes elles-mêmes mettent parfois des années à s’avouer et à prendre conscience et parfois des années encore à oser agir contre cette violence ? Comment prouver des violences dont le fait générateur peut souvent paraître, isolément, parfaitement anodin ? Comment prouver des violences qui sont parfois mises en œuvre avec compassion, avec … « amour » ?

 

Car la violence morale se distingue en tout ceci de la violence verbale ou de la violence physique qui, elles, attirent l’attention des témoins.

 

La violence morale conjugale est imperceptiblement introjectée, lentement imprégnée dans le subconscient, voire l’inconscient de la victime, par la répétition de petites phrases, de petits gestes insignifiants… mais au fond, sournois, mesquins, pervers.

 

Plus que toute autre violence, la violence morale se caractérise par la répétition. En effet, ce n’est pas un « tu n’y arriveras jamais » ou un « de toutes façons, tu ne seras jamais chirurgien » qui caractérise une violence morale. Mais quand ces mêmes mots –ceux-ci et d’autres -sont répétés à chaque occasion, ceci devient un endoctrinement.

 

Alors pourquoi ces personnes acceptent-elles ça ? Comment expliquer qu’elles sont tellement amoureuse, qu’elles admirent tellement leur… Princesse Charmante ou Prince Charmant qu’il est impensable, d’abord pour elles-mêmes – et c’est encore une fois la preuve de la sournoiserie de cette violence – que cet être si parfait, si gentil, si admirable, si intelligent, ait la volonté de les détruire. Comment oser quitter un être si merveilleux, si génial, par qui elles ont eu la chance d’être choisie ?

 

Tout ceci est le résultat d’un long et minutieux travail de sape. Ces femmes ne sont plus elle-même. Elles ne sont pas pour autant folles. Elles sont sous emprise.

 

Par d’habiles manipulations de tous les jours, de tous les instants, ces femmes sont asservies. Elles finissent par ne plus penser par elles-mêmes, tout en étant convaincues du contraire. Elles pensent à travers lui, par lui, pour lui. Elles n’ont plus aucune latitude ni présence d’esprit propre. Elles deviennent une partie de lui.

 

Quand elles commencent à percevoir que ce qu’elles vivent n’est pas bon pour elles, il faut encore qu’elles prennent conscience que ce n’est pas normal et qu’elles apprennent à admettre qu’elles ne sont pas coupables de ce qui leur arrive, que ce n’est pas leur faute. Et quand en plus, on donnerait le bon Dieu sans confession à leur tortionnaire, ce travail est encore plus difficile.

 

D’où l’importance pour les proches de le rester et de ne pas se laisser la victime s’isoler. Lorsque vous sentez qu’un proche s’éloigne de vous, restez présent, même de loin. Ainsi, si un jour elle a besoin de vous, elle osera venir vers vous et parler.

 

Pour en revenir à ma question première, je m’interroge. Que peut-on faire pour rapporter la preuve de violences morales ? Nous aurons compris que ce travail peut être aussi long que le travail de sape dont ces femmes sont victimes. C’est pourquoi, les proches doivent être très vigilants et dès qu’ils notent un comportement trop border line ou que la victime leur rapporte un tel comportement, ne pas hésiter à lui en parler et tout faire pour lui faire admettre que ce n’est pas acceptable. Après, je ne vois que trois moyens d’acter cette violence invisible : les attestations des proches des certificats médicaux et les constats d'huissiers. La plainte ne peut venir que lorsque les éléments sont suffisamment probants. Cela signifie qu’il doit y avoir déjà un certain nombre de comportements constatés.

 

Si vous avez d’autres moyens de preuve, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire.

 

La violence morale existe et elle est véritablement destructrice. Le paradoxe est qu’en fin de compte la victime finit parfois par se détruire elle-même… En effet, pour les victimes qui ont osé dire stop, le travail le plus difficile reste la reconstruction… Mais, soutenues par leurs amis, leur famille et parfois aussi par un bon médecin, cette sortie de l’enfer leur empêchera de retomber dans les griffes d’un pervers, manipulateur ou tout autre Docteur Jekyll et Mister Hyde.

 

Madame Alliot-Marie a récemment annoncé la reconnaissance prochaine d’un délit de violences psychologiques.

 

On ne peut que s’en féliciter.