En réalité, l’élection a déjà eu lieu l’année dernière. La personne désignée au terme de cette élection, qu’on désigne sous le terme imagé de dauphin ou sous celui moins poétique de Bâtonnier désigné, suit alors une sorte de période de formation d'une année, auprès de son « futur-prédécésseur ». Au terme de cette année, c’est donc une élection de pure forme qui a lieu, puisqu’il est de tradition que seul le dauphin s’y présente.

 


Je voudrais profiter de l’occasion de l’élection d’une femme à la tête du barreau pour vous citer le discours par lequel le juge Magnaud, dont je vous ai entretenu à plusieurs reprise, a accueilli, la première femme ayant exercé la profession d’avocat, Jeanne Chauvin, dont le hasard ou la destiné a voulu qu’elle fasse sa première plaidoirie devant lui :

 

« Une loi très récente confère à la femme le droit de plaider. Aucun texte d'ailleurs ne s'y opposait auparavant et pour élever une barrière contre un droit qu'un très grand nombre de bons esprits considéraient comme indiscutable, il a fallu recourir à ces subtilités juridiques qui ont le don d'obscurcir les choses les plus claires. Cette loi ne paraît pas avoir soulevé un complet enthousiasme parmi certains de vos confrères masculins de Paris ou d'ailleurs. Je tiens à vous dire qu'il n'en a pas été de même du Tribunal de CHATEAU-THIERRY qui a vivement applaudi comme il applaudira toujours énergiquement à tout acte, toute mesure, tendant à émanciper la femme, et à l'arracher de la sorte aux griffes de l'obscurantisme ainsi que ses enfants, et parfois même leur père par voie de conséquence". C'est pourquoi, avec l'espoir que les femmes arriveront bientôt aux fonctions judiciaires puisque déjà la Chambre leur accorde l'éligibilité aux Conseils des prud'hommes, le Tribunal de CHATEAU-THIERRY est heureux de souhaiter la bienvenue à la première femme avocat qui se présente à sa barre surtout lorsque, comme vous, Madame, elle réunit l'intelligence, le savoir et le talent. »

 

C’était le 21 février 1901.