[Mise à jour : Xu Zhiyong,  a été libéré sous caution le 23 août, soit plus de trois semaines après son interpellation par la police. Il fait peu de doute que l'importante mobilisation internationale en sa faveur a permis sa libération.]

 

J'avais en tête, depuis plusieurs semaines, l'idée de lancer une rubrique consacrée aux avocats qui à travers le monde se distinguent par leurs combats pour les droits de l'Homme.  L'actualité me donne hélas l'occasion de commencer par Xu Zhiyong professeur de droit et avocat qui a été interpellé à son domicile mercredi dernier. Ce confrère, qui a été élu en 2003 représentant au Congrès du peuple de l'arrondissement de Haidian à Pékin, est l'un des fondateurs et principaux animateurs de Gongmeng (organisation désignée en anglais sous le nom d'Open Constitution Initiative). Cette association d'avocats a été fermée il y a deux semaines par les autorités chinoises, sous le prétexte fallacieux de non respect d'obligations fiscales. 

 


Les combats de Xu Zhiyong et des membres de Gongmeng sont nombreux : ils participent à des actions de protestation contre l'installation obligatoire d'un logiciel de censure sur les ordinateurs chinois. Ils défendent les victimes de la contamination du lait à la mélamine, des membres du mouvement religieux Falun Gong, des Tibétains ainsi que des « pétitionnaires ».


Les « pétitionnaires » sont les personnes dont les droits ont été bafoués dans leur localité d'origine, notamment du fait d'une corruption endémique,  et qui viennent déposer une plainte dans la capitale. Cette pratique est héritée des temps impériaux. Les sujets de l'empire se rendaient dans la capitale pour faire appel au gouvernement central en lui présentant des requêtes, portant souvent sur des abus d'autorité ou de corruption de la part de fonctionnaires locaux.


Bien souvent, une fois arrivés à Pékin, ils décident d'y rester, soit qu'ils n'aient pas les moyens de rentrer chez eux, soit le plus souvent, qu'ils craignent des représailles.


Face à ce phénomène, les autorités chinoises ont mis en place un système de retour forcé. Les pétitionnaires sont arrétés et envoyés, en attendant leur rapatriement dans des "prisons noires", prisons officieuses (lire ici un reportage en anglais) où les conditions de détention sont effroyables : passages à tabac, sous-nutrition, sur-population...


Depuis mercredi, on est sans nouvelles de Xu Zhiyong.